Mais la mort est rusée et pénètre dans l'organisme par des moyens maléficieux. Elle veille, l'implacable, au chevet du blessé, droite comme un flambeau funèbre, et les efforts conjugués du docteur et de l'infirmière ne peuvent rien contre elle. Et, pourtant, les mourants renaissent, à force de soins et d'amour.
Puissent la bonne infirmière et le vieux docteur ressentir un magnifique orgueil plus tard, en des printemps paisibles, quand ils verront venir vers eux l'interminable cortège heureux des Lazares qu'ils ressuscitèrent.
C'est vraiment une résurrection que le retour prochain du blessé à la vie normale.
Un Tel, torturé du désir de courir dans la lumière, de traverser le jardin où les pommiers fleuris ouvrent leurs prestigieuses ombrelles, s'est levé. Faiblement, d'un lit à l'autre, malgré le vertige, il s'efforce, patient et volontaire, à ne pas faiblir, à marcher encore.
Le sol est fuyant, le soleil trouble ses yeux; il semblerait que le sang va couler, une fois encore, par la plaie cuisante, à peine refermée. Certes, cet effort est difficile. L'infirmière offre son bras fraternel au soldat. Dirait-on pas, à les voir ainsi, hésitants, effrayés et joyeux, qu'un amour ravissant les conduit?
Un Tel est fier de surmonter le trouble des premiers pas et de reprendre, éternel vagabond, la grande aventure de sa vie. Bientôt, il lui sera donné de revoir sa chère maison, ses livres aimés, l'intérieur étrange qu'il s'était organisé. Un Tel aspire fiévreusement à cet instant.
Quitter enfin la salle blanche où se jouent des vapeurs d'éther. Partir, égoïstement, sans emporter le souvenir des misères encourues et du sang versé, il n'est pour le convalescent de plus riche espérance.
C'est la dernière nuit. Un Tel compte les minutes, attendant l'heure libératrice. Au fond de la salle ombreuse, une voix émouvante appelle, sans arrêt, un secours impossible:
—Infirmier, infirmier, j'étouffe!
C'est un rude paysan qui ne veut pas mourir. Il a la colonne vertébrale déplacée; mais sa volonté de vivre le dresse et le ranime; il se consumera, comme une torche, jusqu'à la cendre.