— Non, je ne te le donnerai pas, Berthe, tu me le casserais.

— Dis-nous son sexe.

— Celui de son père !

— Je t’en prie, ma petite Margot, prête-moi ce gosse, je veux être sa nounou.

Elle s’assied posément, Marguerite rassurée lui met, sur les genoux, une poupée vêtue de sa seule chemise.

— Très chouette le môme, on va le baptiser tout de suite, je ferai le parrain, reprend Berthe qui dodeline le poupon, puis le fait sauter en l’air de façon inquiétante.

Les Sèvriennes, très amusées, se penchent sur elle ; la poupée, de son œil rond qui palpite à chaque saut, semble ahurie d’être le joujou imprévu de ces grandes filles.

Isabelle Marlotte tend les bras, elle veut l’avoir à son tour. C’est gentil ce que d’Aveline a fait là ! il n’y a que lui, ici, pour faire des surprises aussi féminines ; donner une poupée à toute une promotion parce qu’elle travaille trop, mais il est à croquer cet homme !

— Croquons, mesdemoiselles, croquons. Le morceau est un peu mûr, mais il se fait rare. Je réclame pour Isabelle le morceau du roi, et se tournant, gentille, vers celle-ci qui se rebiffe, Berthe ajoute : Allons, allons, est-ce qu’on ne sait pas que tu l’aimes !

— Oui, répond Isabelle, qui ne ment jamais, je déteste celles qui ne l’aiment pas, je hais celles qui l’aiment trop.