» Je m’apprêtais à te rejoindre pedibus cum jambis, mon baluchon sur l’épaule, quand les ministres sont venus.

» Rassure-toi donc, mon vieux, j’en ai pour deux ans encore à vivre aux frais de la princesse.

» Le ministère est dans la dèche, on réclame des économies ; on devait nous manger les premières, c’était une prévenance, sans doute, que de venir nous demander à quelle sauce nous voulions être mangées.

» Notre jeunesse a parlé pour nous, cette fois on nous fait grâce.

» Ne trouves-tu pas qu’un ministre, qui se respecte, devrait toujours paraître en public, avec la robe de Mazarin, (ces choses-là devraient faire partie du garde-meuble) un ministre en pardessus, ça manque au décorum de l’histoire : comment le populo aurait-il confiance, dans un ministre qui n’a pas d’uniforme !

» Enfin, pour un ministre en bourgeois, le nôtre avait belle tournure. Son monocle à l’œil, il voletait d’une élève à l’autre, d’une classe au jardin, avec de petits gestes surpris, satisfaits, mesurant tout, de son œil supplémentaire.

» Ah ! si nous avions eu le temps de faire connaissance, ce jour-là, Sèvres fournissait à la France soixante directrices nouvelles ; un mot de lui, on nous créait des lycées !

» Mais la Veuve était là.

» Elle trottinait devant ces Messieurs, toussant, faisant sonner le pas du maître. Le ministre suivait, les yeux sur ses bas blancs et ses gros petits pieds. M. Gréard et M. Rabier accompagnaient le convoi !

» D’une voix sèche, en passant, notre Mère nommait : bibliothèque, salle d’étude, matériel du cours de coupe, classe, chambre d’élève…