— Mais plus tard écrit-elle ?
— C’est selon le cas que notre mère fait de nous…
— Très bien, quand je serai professeur, je ne la fatiguerai pas de mes lettres…
Elles passent.
Monte Adrienne Chantilly, en collant de drap vert russe ; elle conduit trois nouvelles que Mlle Lonjarrey lui a recommandées ; une petite arabe, au corps nerveux, aux yeux longs, s’entr’ouvrant pleins de caresses, des joues olivâtres qu’ambre un rayon de soleil, c’est Juliette Malville ; une grosse paysanne, aux traits mous, au regard terne : Marianne Brunie ; la troisième, élégante, distinguée, des yeux frais, comme ces fleurs bleues, qu’on nomme les « cheveux de Vénus », très blonde, une bouche rouge, extraordinairement sensuelle : Hélène Dinan.
Toutes trois, élèves des lycées de Paris, forment un groupe d’intellectuelles pures : l’une est hégélienne, l’autre disciple d’Auguste Comte, la dernière, par snobisme, nie la matière, et ne conçoit que la vie spirituelle.
— Ah ! que je suis heureuse de vous revoir, Marguerite, fait Adrienne Chantilly, présentant ses trois nouvelles amies, à la plus jolie Sèvrienne. C’est une embrassade polie, Didi picore les joues qu’elle baise, craignant d’y laisser le velours éphémère de ses lèvres.
Elles passent.
Marguerite, dont la tête pâle, tout auréolée de cheveux blonds, se détache, entre les portes, comme une figure de sainte dans un triptyque ouvert, ne s’aperçoit pas de l’admiration qu’elle excite. Impatiente, elle cherche ses amies, et ne voit, au bout du couloir, que Victoire Nollet, portant, de toute la force de ses bras maigres, un matelas fraîchement rebattu.
— Bonjour Victoire, est-ce que vous déménagez à la cloche de bois ?