Puis toute à Marguerite qui la serre dans ses bras :

— Ce que je suis contente de t’embrasser, toi. Il y a si longtemps qu’on ne s’est vu ! et tu n’écris pas ! Enfin, la belle, me diras-tu ce que tu as fait pendant ces vacances.

— J’ai vécu je ne sais dans quel pays d’ennui, auprès de ma vieille cousine. J’ai lu, couru, bâillé ! oh bâillé ! surtout le dimanche, quand on allait faire des visites.

— Tu n’as donc plus d’amie là-bas ?

— Non, depuis que je suis à Sèvres, je n’en ai plus ; je suis solitaire au milieu des jeunes filles que je fréquentais ; nous n’avons plus rien de commun, ni vie, ni pensée, ni rêve.

— Mais, insiste Berthe, avec malice, si les femmes t’ennuient, il te reste les hommes !

— Eh ! bien, non, j’inquiète les hommes. Ils m’admirent, parce que je suis une savante, mais leur admiration est… comment dirai-je… suspecte. Il y a autre chose, par derrière, que du respect.

Oui Molière a peint toute la province, quand il a dit :

Il n’est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes,

Qu’une femme étudie et sache tant de choses.