JOURNAL DE MARGUERITE TRIEL

10 octobre 189 .

Voilà huit jours que nous avons repris nos cours. Il ne me semble pas que j’aie quitté l’École, cette École si aimée, encore plus chère depuis que Charlotte est ici.

Nous vivons comme deux sœurs, ne nous quittant que pour aller au cours ou en étude. Le jeudi, nous nous réunissons ; pendant que je prépare mes textes de la licence, elle dessine des « écorchés ».

C’est une intimité charmante où Henri a sa place. Constamment Charlotte me parle de lui. Je le connais si bien aujourd’hui, que je crois avoir été son amie de tout temps.

Je vis de leur joie, ils vivent de mes espoirs. Pour être amoureux, ils ne sont pas égoïstes, et je sens bien que ma présence ne leur est pas importune.

Charlotte travaille avec ardeur ; mais en femme très ordonnée, elle se réserve, par-ci par-là, des récréations supplémentaires pour coudre son trousseau. Elle est alerte et positive, sachant le prix des choses, le prix de l’argent surtout.

D’un mot, elle rabroue Henri, quand il s’emballe avec la faconde lyrique des imaginatifs : il se voit déjà au travail, pour une commande de l’État, ou le buste de quelque Yankee. C’est le songe de Pérette ; Charlotte sera là pour consolider le pot au lait.

14 octobre.

Quelle jolie promenade nous venons de faire tous les trois dans le bois de Saint-Cloud.