Le pasteur avait donné l’absoute, et des hommes portaient sur leurs épaules le corps léger de Charlotte, qui pour la dernière fois, traversa les longs corridors, la cour où le jet d’eau lui parla, le parc.
« Adieu, adieu, » disait le drap blanc qui s’accrochait aux buissons.
— Adieu, adieu, répondaient les jeunes branches qui se penchaient, sans craintes, pour frôler d’une caresse de sœur le cercueil de Charlotte.
Le sable crissait sous le pas des hommes montant péniblement. Henri et le tuteur de sa fiancée menaient le deuil, puis venaient tous les professeurs de l’École. Mme Jules Ferron, seule, impassible, venait en tête du long cortège des Sèvriennes silencieuses, suivant, accablées, ces chemins familiers, où rieuse et pensive, Charlotte avait passé.
Le calvaire fut long.
Marguerite s’étonnait d’entendre chanter les oiseaux, de respirer cet air frais que parfument les fraises d’avril. Tout arrivait jusqu’à elle, comme des choses venues d’un autre monde ; depuis cinq jours, elle n’avait plus conscience de vivre.
Longtemps, on chemina sur la route radieuse. Une porte ouverte laissa passer le cortège. Parmi les tombes les plus humbles, dans ce petit cimetière de campagne, les hommes descendirent doucement, avec des mains qui ne voulaient pas faire mal, le cercueil de Charlotte.
Penché sur la fosse, Henri la regarda descendre… Ainsi c’était fini ! c’est là que pour toujours elle allait dormir, celle qui devait être sa femme, celle qui lui avait promis les joies de l’amour. On allait l’enfermer dans ce trou et jamais, jamais plus, il ne la reverrait.
D’Aveline s’avança pour dire adieu au nom de l’École.
En quelques mots délicats, il sut dire quelle apparition gracieuse elle avait été, quel charme lui attirait tous les cœurs.