Je vis dans l’épouvante de ces souvenirs de mort. Une hallucination me poursuit : ai-je rêvé ! est-ce maintenant qu’elle va mourir ?

Je ne sais comment je vis. Des jours, je m’agite, tremblant d’une inquiétude morbide. D’autres jours, je m’enferme, la tête vide, morne dans ce coin, comme une bête abrutie de douleur.

Les souvenirs qu’elle laisse ici m’écrasent. Je voudrais les fuir, d’invisibles mains me retiennent, toutes se tendent pour me ramener vers le passé.

Où est l’absente ? où est maintenant la sœur que j’avais choisie ?

Charlotte, Charlotte, es-tu encore près de moi ? Le sais-tu encore, dis, que je t’aime, que tu m’es plus chère depuis que tu me fais pleurer. Si tu savais comme mon âme te cherche ici, et là-bas ; comme je prie, car prier, c’est encore parler de toi.

Je t’en supplie, ma chérie, si tu demeures dans l’Invisible, ne me quitte pas, que ton ombre ne m’abandonne pas, je suis bien malheureuse.

Si tu savais ! au moindre souffle je tressaille. Est-ce toi qui frôles ma porte ? Vas-tu entrer, comme la dernière fois que tu vins ici, courbée sous le poids des bûches que tu m’apportais ; que nous étions bien…

Quel supplice de revivre sans cesse ces choses familières, qui furent les choses charmantes de notre amitié.

Pourquoi l’avez-vous prise, mon Dieu ? Quel mal faisait-elle ? Pourquoi n’avez-vous pas voulu qu’elle fût heureuse, qu’un autre achevât l’œuvre que vous aviez commencée ?

Vous n’êtes donc pas notre Père, vous qui brisez cruellement le rêve de vos créatures.