D’Aveline continua :

« Il lui reste aux lèvres le goût de la mort. Depuis sa conversion, elle habite en lui. Pascal est un mourant qui cherche Dieu, avec l’épouvante de sa justice. Il a choisi la route du martyr, mais il tâtonne, écrase en gémissant les joies qui se lèvent à ses pieds. Sa chair s’épuise, il la flagelle. Son sang coule, il pleure le sang de Jésus. Il tombe, mais se relève pour courir vers l’Aube éternelle.

» Et dans cette nuit, où son âme agonise, humble, il murmure à Dieu des mots ineffables. Comme son génie se revanche, dans ces prières sublimes que nous lirons tout à l’heure.

» Cherchez quel philosophe, quel poète, quel moraliste, a connu le désespoir de Pascal en face de la mort ?

» La sérénité des anciens peut-elle apaiser son effroi ? est-ce l’indolent scepticisme de Montaigne qui donne la résignation ? A ses yeux, les tendresses d’ici-bas, sont bien vaines pour affermir l’espoir d’un rendez-vous céleste.

» Chrétien, le mystère de l’au delà l’écrase. Éternité des joies, éternité des peines, voilà notre sort, Dieu le tient suspendu.

» Êtes-vous fous de ne pas trembler, de vous laisser piper à ces apparences de vie, vous, Épicuriens, de rire au plaisir, vous, Stoïques, de croire à votre vertu orgueilleuse. Dieu vous damne, vous, qui n’ouvrez pas à son appel le tabernacle mutilé de vos âmes.

» Seigneur, que vous faut-il donc ?

» Que ta vie soit l’holocauste volontaire, le don expiatoire qui rachète tes péchés, et tire de la misère présente la grandeur de mon pardon !

» O hommes ! hâtez-vous, hâtez-vous, la mort est là qui rôde ! Suivez sa lumière, car vous vivez dans les ténèbres ; vous serez perdus pour l’Éternité, si vous n’entendez la parole de Dieu… »