A l’horizon les autres ont disparu, lui seul est debout : un jour de mort est un jour éternel.
La troupe morne a passé, mes yeux ne voyaient que le cavalier noir.
Voici les derniers jours : anxieuse, je les regarde venir ; où est-il le jour lumineux, le jour divin, qui me donnera au bien-aimé ?
4 juin.
Pauvre maison, quels regrets tu me laisses ! J’ai été si souvent joyeuse, si souvent taciturne, quand de cette fenêtre, je regardais vivre les êtres mystérieux, que sont les arbres, les fleurs.
J’ai aimé la grâce des jeunes branches ployant et se redressant, comme de beaux corps, dans l’air agité. J’ai vu la lune trembler sur le jet d’eau, et le bassin se velouter d’ombre, sous le pied léger, tournoyant, de cette ballerine fantastique, qui déchire le tulle de sa robe pailletée au premier souffle du vent.
Tous ces frissons d’une vie obscure ont passé en moi, comme si j’étais enracinée à la terre de mon École.
Adieu, retraite charmante, où j’ai vécu tant de rêves ; maison laborieuse, où j’ai appris la toute-puissance du Destin, maison des pleurs, qui ne doit pas être la maison d’amour.
L’École m’a faite femme ; mon cœur est plein d’affectueuse reconnaissance, pour les Maîtres qui m’ont aidée à vivre libre, fière sous la seule loi de ma conscience.
Mais que serai-je demain, moi qui ne puis rien contre mon cœur ?