Pourquoi Mme Ferron ne m’a-t-elle pas prise dans ses bras, comme maman le faisait ! A cette minute-là, j’étais encore une si petite fille.
Elle a plaisanté mon enfantillage ; un baiser m’aurait donnée à elle, tandis que, pour toujours, me voilà éloignée de celle qui n’a pas, pour ses élèves, des entrailles de mère.
Où est l’accueil que M. Bersot faisait à ses élèves ! S’il s’est attaché toutes les âmes qu’il a formées là-bas, rue d’Ulm, c’est que son stoïcisme ne rayonnait pas, comme il rayonne ici, sur des landes sèches.
Comme je vais « cultiver mon jardin ».
4 octobre 189 .
J’ai mal dormi. Il y a des galopades de chats, dans ces longs couloirs, qui vous éveillent à tout moment. La grosse horloge sonne trop fort dans la nuit, et Mlle Lonjarrey ouvre et ferme les portes des chambres avec tapage. J’avais hâte d’entendre la cloche du réveil et de vite descendre retrouver mes compagnes.
Ma chambrette me plaît ; elle est bien petiote, et haut perchée : je suis au cinquième, sous les toits, tel un poète qui se respecte. Les murs sont nus, mais j’arrangerai tout cela. L’état nous met drôlement dans nos meubles : un petit lit de fer, une armoire en pitchpin, une table, une toilette, deux chaises, et un miroir ; au pied du lit, une descente, râpée, ô combien ! Mais nous sommes libres d’embellir la « turne » comme dit B. Passy.
J’ai déjà accroché ma guitare, un symbole, déclare ce gavroche qui est ma voisine de chambre. Quand je serai triste, je pincerai une corde, la plus grave, j’aurai l’illusion d’entendre la voix de l’ami qui me cherche… et que j’attends.
Sous ma fenêtre, un grand lys d’argent s’épanouit et se fane sur la pièce d’eau.
Quel apaisement parmi les grands arbres du parc ; ils ont une beauté sereine, qui se marie au calme de notre vie d’étude.