La vie s’ouvre lumineuse devant vous ! de jeunes âmes vous attendent, vous allez leur porter la bonne parole.

C’est une tâche magnifique que la vôtre, une tâche de sacrifice, mais de joie aussi.

Vous allez créer d’autres femmes en leur apprenant à vivre. Votre responsabilité est énorme. Que rien ne vous coûte pour inspirer, à celles qui vont se confier à vous, l’amour de la vie, c’est-à-dire, l’amour du bien.

Encouragez tous les efforts, soutenez leurs espérances, respectez leurs droits.

Rappelez-vous, mes enfants, que tout éducateur ressemble au prêtre qui se donne à Dieu : vous, vous vous donnez à la jeunesse !

Aimez-la, protégez-la, si vos efforts sont méconnus, pardonnez-lui.

J’ai confiance en vous, mais vous êtes inégalement préparées. Votre bon maître, M. Legouff, a coutume de comparer nos Sèvriennes à ces métaux précieux que l’alliage rend éternels, et l’alliage, dit-il, c’est la vie qui le fera.

Eh bien, je suis un peu « l’écouteur d’or, » celui qui interroge le son du métal, et devine aux tintements la paille qui brisera la médaille.

Depuis trois ans, j’écoute vos âmes : je suis sûre de quelques-unes, je crains pour les autres. Déjà, la souffrance a creusé son nid parmi vous. Mes enfants, ne désespérez jamais de l’avenir : les heures de joie viendront, si vous placez votre bonheur au-dessus de vous-mêmes, si vous faites, que toujours vos actions soient les servantes dociles de votre conscience…

Elle s’arrêta un instant, et plus bas, la voix pleine de larmes :