Pour donner corps à ma pensée, j’ai choisi un groupe de Sèvriennes très différentes par tempérament les unes des autres, n’ayant de commun entre elles, que le travail, les habitudes, le but à atteindre.
Je n’ai point indiqué, ou très peu, ce qu’elles étaient avant d’entrer à Sèvres : l’histoire d’écolières pauvres, mais intelligentes, voulant trouver un gagne-pain dans l’Enseignement, leur est commune à toutes ; si elles doivent souffrir de la confusion des milieux, ce n’est qu’une fois professeurs ; alors je dirai leur triste roman, quand elles retombent sans famille, sans amis, dans la plus terrible réalité. Cette fois ce sera le roman du professeur-femme, dont cette étude sur les Sèvriennes n’est que la préface.
Aux scènes de la vie intime de l’École, j’ai mêlé une intrigue romanesque, celle d’une Sèvrienne d’élite, âme très pure, mais inquiète, à la merci de la douleur, et qui, affranchie par la culture de ses Maîtres, ne recule pas devant l’extrême conséquence de ses principes.
Le cas est exceptionnel, j’en conviens : il est vrai, je le sais : donc il est intéressant. Mes autres personnages montrent assez que l’avenir, si avare de bonheur qu’il soit, saura leur convenir, et qu’en toute Sèvrienne, s’il y a l’étoffe d’un éloquent maître de Sorbonne, à la longue il y aura peut-être une éducatrice d’âmes.
Ce livre est vrai aujourd’hui, comme il le fut hier. La fondatrice est morte, son œuvre subsiste, seules quelques coutumes ont disparu avec elle. Les Sèvriennes jouissent de leur supériorité, toisent un tantinet les petits échelons qui sont au-dessous d’elles, dans cette courte échelle universitaire, et se comparent volontiers à ces pages, damerets et damoiseaux, qui se formaient au bien dire et aux belles manières courtoises, auprès des dames d’antan.
Elles ont, elles aussi, jeux de grâces et joutes viriles, avant de mériter « l’accolade ministérielle » qui les crée chevaliers, en les faisant professeurs !
Vous montrer mon École, toute nue, chaste d’être belle, voilà ce que j’ai voulu faire, Madame.
J’ai écrit ce livre avec passion, étant toujours amoureuse de mon École, et parce que ce seul nom de Sèvres est pour moi, — pour nous toutes, hélas ! — la résurrection d’un temps où, corps et âmes, nous étions en beauté.
Gabrielle Réval.
Janvier 1900.