Soir, même date.

Une nuit diaphane tombe sur le parc, les arbres vivent dans une clarté surnaturelle ; le pavillon Lulli rejette lentement sa cape d’ombre, et la lune, qui monte au-dessus du jet d’eau, sourit à la nymphe ruisselante qui se baigne dans la vasque sonore.

CHAPITRE VI

UN COURS DE GÉOGRAPHIE

Il est neuf heures, la cloche sonne les cours. De la bibliothèque, des études, des chambres, les Sèvriennes sortent en désordre, c’est un branle-bas dans toute la maison.

Les Scientifiques, en grands tabliers bleus, se hâtent d’aller retrouver Jean, le préparateur, qui surveille les cornues ou dispose grenouilles, cœurs de moutons, étoiles de mer, pour l’exercice de dissection.

D’une allure plus tranquille, plus élégante, les Littéraires, serviette sous le bras, s’en vont par groupes dans leurs salles de cours. Elles bavardent, sans se presser, sachant par habitude, que ces Messieurs s’attardent volontiers dans le cabinet de Mme Jules Ferron, qu’ils veulent tout d’abord saluer.

Quelques élèves, toujours les mêmes, épient sur le palier les craquements de l’escalier d’honneur. Par hasard, elles se trouvent tous les matins sur le passage de ces Messieurs, heureuses d’un salut, fières d’une parole, triomphantes si l’un d’eux va jusqu’à leur tendre la main.

Entre soi, cette petite comédie s’appelle « monter le quart ».

Désir et hardiesse ne vont pas plus loin : paraître l’élève favorite d’un professeur, est le rêve instinctif de toute Sèvrienne. Le jeu semble ne point déplaire à ceux qui redoutent, au milieu de tant de jeunesse, d’être les « vieux barbons ».