Philémon et Baucis à la porte du Temple.
Ils vieillissent là, modestes, tranquilles, attendant la maladie et la mort.
Au seuil de l’extrême vieillesse, peut-être une indulgente philosophie leur fait-elle croire qu’une bergerie heureuse est une bergerie mal gardée.
Silencieux dans leur loge, ils laissent faire, ils laissent passer, ayant acquis par là des droits à l’ingratitude humaine !
— Avez-vous encore vos parents ? demandait-on à leur fils potache quelque part.
— Oui, madame, mon père est Fonctionnaire à l’École de Sèvres.
Est-ce tapé ! j’aime ce tour d’esprit railleur et si vivant ; on la croit méchante ! Que non, Berthe a un cœur qu’on ne soupçonne pas ; chez elle tout est de primesaut. Sa verve, c’est l’éclat brutal, mais franc, d’une sève généreuse. Sa droiture est inexorable devant toutes les petites hypocrisies qu’on découvre peu à peu autour de soi.
5 heures soir.
La maison est silencieuse, l’âme de ces vieux murs, de ces ronces, de ces arbres, s’est envolée ce matin. Les cloches sonnent tristement, lentement ; personne à qui parler de ses morts. Ils sont là pourtant, auprès de moi, les chers disparus, je sens leurs yeux sur moi ; embrasser ma mère, ô comme je voudrais embrasser maman…
La corde a chanté sous mon doigt, très grave ; le jet d’eau s’est tu, pris de langueur ; la nuit tombe : ô triste jour de Toussaint… mon âme écoute leur âme.