— Sois donc raisonnable, dit Pierre Vardouin : laissons aux petites filles le soin de se mettre au lit dès que le soleil a quitté l'horizon. Asseyons-nous devant cette table. Tu ne refuseras pas de trinquer avec un vieux camarade qui, moins heureux que toi, n'a pas rencontré la gloire sur son chemin.

— Dis : plus modeste.

— Il est vrai que j'aurais pu, comme tant d'autres, offrir mes services à quelque riche abbaye.

— Mais tu as préféré l'obscurité au grand jour, le village à la grande ville.

— J'ai renfermé en moi-même mes faibles talents.

— Et personne n'est venu leur ouvrir ?

— On s'en repentira peut-être, répondit fièrement Pierre Vardouin.

— On s'en est même déjà repenti, dit Montredon en souriant.

— Que veux-tu dire ?

— Je suis employé, comme tu le sais, aux travaux de l'abbaye de St-Ouen. Dernièrement, le révérend père abbé me fit appeler près de lui. « Henri Montredon, me dit-il, je n'ai jamais douté de votre discrétion et de votre dévouement. Il n'est donc pas surprenant que je vous aie choisi pour une mission secrète... » Je reçois l'ordre de partir sans retard. J'arrive à Caen, où je passe deux jours, et me voilà à Bretteville.