— Oui ! à la lanterne !

Et la foule resserra le demi-cercle qu'elle formait devant le jeune homme.

— Pensez-vous m'intimider ? dit-il en s'appuyant prudemment contre le mur d'une maison, pour n'être pas entouré.

Mais sa noble attitude ne pouvait maîtriser longtemps les mauvais instincts de la foule. Les sabres, les piques, les baïonnettes s'abaissèrent, et la muraille de fer s'avança lentement contre le généreux défenseur de Marguerite.

— Mort à l'aristocrate ! s'écria le peuple en délire.

Le demi-cercle se rétrécissait toujours et la pointe des piques touchait la poitrine du jeune homme. Tout à coup une voix de tonnerre se fit entendre. Un homme, à puissante stature, fendit la foule en distribuant, de droite et de gauche, une grêle de coups de poing, et vint se placer résolûment devant la victime qu'on allait sacrifier.

— Êtres stupides ! dit-il avec un geste de colère, en s'adressant aux agresseurs. Quelle belle besogne vous alliez faire là !... Égorger le plus pur des patriotes ! Barbare, mon ami, un des défenseurs de Thionville !

— Un défenseur de Thionville ! murmura la foule, avec un étonnement mêlé d'admiration.

Les agresseurs les plus rapprochés de Barbare, rougissant de l'énormité du crime qu'ils avaient été sur le point de commettre, baissèrent la tête avec une sorte de confusion. Cependant l'homme du peuple, que Barbare avait renversé à ses pieds, n'avait pas encore renoncé à l'espoir de se venger sur le lieu même témoin de son humiliation. Il ôta respectueusement son bonnet de laine, et, s'approchant du nouveau venu :

— Citoyen, lui dit-il, nous avons pleine confiance dans celui qui préside notre club. Mais tu ne connais pas bien celui que tu défends. C'est un aristocrate. Il porte une croix sur sa poitrine !