— Je vous abandonnerais !...

— Vous n'avez jamais vu mourir... Je veux vous épargner cet horrible spectacle.

— Mais... vos yeux s'animent et votre voix est sonore ?

— Mon père était ainsi quand il tomba du haut de son échafaudage. Il nous parla avec force... puis... tout d'un coup...

— Oh ! vous me désespérez, François ! s'écria Marie en éclatant en sanglots.

— Voyez-vous comme le ciel s'illumine ? reprit François. Toutes ces étoiles qui brillent au-dessus de nos têtes, ce sont les cierges de mes funérailles, les funérailles du pauvre... Et pourtant je voudrais si bien vivre, vivre pour vous, pour mon église, pour ces beaux astres ! Nous aurions eu tant de bonheur ! Mais Dieu ne le veut pas, et nous nous reverrons au ciel. Marie, vous vous rappelez ce petit buisson d'églantier où vous aviez cueilli une rose ?... Vous le planterez sur ma tombe, et tous les ans... Oh ! mes yeux se troublent... Mon Dieu, mon Dieu !... Votre main, Marie... Encore un baiser !

Marie approcha ses lèvres de celles du jeune homme.

Quand elle releva la tête, l'ange de la mort avait passé entre les deux amants ; et l'âme de François était allée rejoindre celle de sa mère.

Absorbée qu'elle était dans sa douleur, la jeune fille n'entendit pas son père qui revenait de laver sa blessure à une source voisine. Pierre Vardouin l'ayant appelée, elle leva vers le maître de l'oeuvre ses yeux égarés. Un frisson glacial parcourut alors tous ses membres. Elle venait d'apercevoir le front meurtri de son père ; et, de là, son regard s'était abaissé fatalement sur le ciseau que François tenait encore dans la main droite.

L'affreux mystère s'était fait jour dans son esprit. Elle poussa un cri d'horreur et tomba presque inanimée aux pieds de François.