Tout en parlant de la sorte, nos touristes avaient repris le chemin de Bretteville. Lorsqu'ils furent arrivés à l'extrémité du village, leur cicérone s'arrêta devant une maison de peu d'apparence précédée d'un jardin, dont les plates-bandes eussent fait envie à la bonne déesse des fleurs.

— Voilà mon Éden, dit M. Landry en leur ouvrant la grille du jardin. Vous pouvez vous y promener sans crainte. Il n'y a ni serpent, ni arbre de la science...

Il les quitta un instant pour aller donner ses ordres à la vieille Marianne, sa cuisinière. Quand il revint, on lisait sur sa physionomie le bonheur qu'un solitaire, retiré volontairement du monde, doit goûter lorsqu'il est arraché à ses méditations par des amis qu'il estime.

— Ah ! dit-il, vous regardez mes pains de sucre ? des ifs taillés en forme de pyramide ? Mauvais goût, n'est-ce pas ? Mais que voulez-vous ? Tels me les a laissés mon père, tels je les ai conservés. Le brave homme aimait à tailler ainsi ses arbres. Il trouvait cela d'un bon effet, et d'ailleurs c'était de mode à l'époque. Par esprit d'imitation, peut-être aussi pour conserver à cette habitation la physionomie qu'elle avait du temps du vieillard, je me suis mis à prendre de grands ciseaux et à faire la toilette de ces pauvre ifs.

A cet instant, la cuisinière cria du seuil de la porte :

— Monsieur est servi !

— En ce cas, messieurs, je vous invite à me suivre au réfectoire, dit M. Landry en se levant et prenant chacun des jeunes gens par un bras.

La salle à manger de M. Landry était simple, mais d'un goût parfait.

On y voyait un dressoir en vieux chêne, admirablement sculpté, une table monopode avec des guirlandes de fleurs également taillées dans le bois, des chaises à pieds tordus, dans le genre Renaissance, une horloge dans le même style, quatre tableaux représentant les saisons et plusieurs vases du Japon, placés sur la cheminée.

Le peintre s'empressa naturellement d'aller examiner les tableaux, tandis que son compagnon promenait un regard complaisant sur tous les objets qui l'entouraient.