— Vous les dédaignez ?

— J'aime mieux vous avoir servie pour rien !

— Pour rien, dites-vous ? répliqua brutalement maîtresse Gilles ; et vous avez fait le malheur de mon fils !

Ces derniers mots firent tressaillir la jeune fille. Elle leva noblement la tête et obligea la fermière à baisser les yeux sous son regard.

— Maîtresse Gilles, dit-elle, apprenez que le malheur n'a frappé chez vous qu'une seule personne, et cette personne, c'est moi ! Si je ne respectais votre mari, si je ne... pardonnais à Germain, je ne partirais pas d'ici sans vous maudire... Vous comprendrez plus tard combien vous avez été injuste et cruelle à l'égard d'une pauvre enfant, qui ne se croyait pas en danger sous votre toit... Je ne demande pas d'autre vengeance ; et, lorsque je sortirai de cette maison, d'où vous me chassez indignement, pas une parole de haine ne s'échappera de ma bouche... Je trouverai peut-être même la force d'appeler sur elle la bénédiction du ciel.

A ces mots, elle disparut dans l'intérieur de la maison.

Le fermier et son fils, après le premier épanchement, furent tout surpris de ne plus voir maîtresse Gilles à leurs côtés ; ils l'aperçurent bientôt près de la porte de la cuisine et marchèrent à sa rencontre.

— Tu sais tout ? dit le fermier en s'essuyant les yeux du revers de sa manche, et tu pardonnes à Germain ?

— Il le faut bien, répondit la fermière en se baissant pour ramasser les écus qui étaient restés au pied du banc.

— Qu'est-ce que c'est que cet argent ? demanda maître Gilles ?