La porte s'ouvrit et Germain tomba aux genoux d'Élisabeth.

— Oh ! pardonnez-moi ! s'écria-t-il en sanglotant. Ne me maudissez pas, Élisabeth !

— Vous maudire ! dit la jeune fille en pâlissant... Il faudrait alors commencer par me maudire moi-même. Car... vous, du moins, vous aviez pour excuse le peu d'importance de votre faute, et l'irréflexion de votre âge vous fermait les yeux sur le reste ; tandis que moi, je devais savoir quel avenir je me préparais !...

— Ne partez pas, Élisabeth, je vous en supplie, restez près de nous. Ma mère oubliera tout ; elle finira par vous aimer et vous appeler du doux nom de fille.

— Ce sont des rêves tout cela, mon bon Germain !... D'ailleurs, je ne consentirais jamais à être votre femme.

— Vous ne m'aimez donc plus ?

— Je vous aime toujours. Mais la souffrance m'a vieillie ; et j'ai réfléchi à bien des choses auprès desquelles je passais étourdiment jadis ; et je me suis dit que la femme doit, avant tout, défendre sa pureté... Lorsqu'un homme a perdu l'honneur, on dit qu'il a été lâche et tout le monde le méprise. Notre honneur à nous, c'est notre vertu ! Lorsque nous n'avons pas su la garder, nous sommes lâches comme l'homme qui a manqué à l'honneur. Je ne voudrais pas épouser un homme lâche... Vous ne pouvez épouser une femme sans vertu.

— Élisabeth, Élisabeth ! dit Germain, ne vous jugez pas ainsi !

— Je parle comme le monde...

— Je me moque du monde et de ses jugements. Je ne sais qu'une chose : c'est que je vous estime, c'est que je vous aime !... Ne partez pas !