V
Désespoir de Dominique.
Le vieux Dominique était allé s'enfermer dans sa mansarde, où il attendait impatiemment le retour du soleil. Il était en proie à une agitation cruelle.
Enfin, le jour parut. Dominique sauta à bas du lit et traversa les corridors avec précaution, afin de ne réveiller personne. Quand il se trouva dans le chemin, il hâta le pas pour gagner le centre de la ville.
Huit heures sonnaient au beffroi de la cathédrale, lorsqu'il arriva sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Il s'approcha d'un mur où l'on placardait les affiches, et toute son attention parut se concentrer sur elles.
— C'est bon ! dit-il en se frottant les mains : l'affiche y est encore ! c'est que personne ne s'est présenté... J'arrive à temps !
Il entra dans l'Hôtel-de-Ville et se dirigea vers la salle des délibérations des membres du District. Comme la porte en était fermée, il descendit chez le concierge, où il apprit que la séance ne serait ouverte qu'à onze heures du matin. Il lui fallut donc, bon gré mal gré, mettre un frein à son impatience, et il s'assit dans l'embrasure d'une fenêtre en attendant l'arrivée des patriotes qui avaient la direction des affaires de la cité.
A cette époque de lutte, il n'était pas rare que la salle des délibérations fût envahie par les frères de la Société populaire, qui venaient y proposer des motions et prononcer des harangues. Souvent la foule se glissait à leur suite. C'est ainsi que le domestique réussit à s'introduire dans le lieu où se discutaient les intérêts de la ville.