A ces mots, l'héroïque serviteur s'enfonça dans un petit chemin ombragé qui conduisait aux prairies voisines. A mesure qu'il avançait, il entendait plus distinctement le bruit de la rivière qui tombait avec fracas du haut d'un déversoir. Au bout de quelques minutes, il arriva au bord de l'eau.
Le courant était rapide et charriait des flots d'écume.
Le vieillard suivit le bord de la rivière et s'éloigna de cette scène tumultueuse, comme s'il eût voulu chercher des eaux plus calmes. Lorsqu'il se crut à une assez grande distance de la ville, il s'arrêta dans un site sauvage et s'agenouilla près d'un saule, au pied duquel la rivière s'était creusé un bassin paisible et profond. Il pria longtemps avec ferveur, se redressa lentement, et, levant les yeux au ciel :
— Mon Dieu, dit-il, pardonnez-moi !
Il s'élança.
Au même instant, deux bras vigoureux l'enveloppèrent comme dans un cercle de fer.
Le vieillard poussa un cri et tomba sans connaissance sur le gazon. Lorsqu'il revint à lui, il aperçut, à genoux à ses côtés, un jeune homme qui lui jetait de l'eau sur le visage.
— Ah ! monsieur, s'écria Dominique avec douleur, pourquoi m'avez-vous arrêté ? Je n'aurai peut-être pas une seconde fois le courage d'en finir avec la vie !
— Il ne faut plus songer à mourir, dit le jeune homme en aidant au vieux domestique à se relever.
— Mais je suis abandonné de tout le monde ! s'écria Dominique d'un air désespéré.