— Vous m'avez sauvé deux fois la vie. Je voudrais pouvoir vous récompenser comme vous le méritez ; mais, hélas ! je suis sans ressources.
— Les dettes du coeur se payent avec le coeur, dit Barbare avec fierté.
— Vous nous aimez donc bien ? demanda Dominique.
— Moi ! s'écria le jeune homme avec enthousiasme... Je n'ai vu mademoiselle Marguerite qu'une seule fois, et, ce jour-là, j'ai risqué ma vie pour elle... Eh bien ! si le plaisir de la revoir devait m'exposer au même péril, je n'hésiterais pas à braver de nouveau la mort.
— Oh ! pensa Dominique, le jeune homme est amoureux de ma petite maîtresse !
Enchanté de sa pénétration, le bon domestique résolut d'employer le dévouement de Barbare au service de ses maîtres. Pour y arriver, il lui sembla prudent de l'entretenir dans son erreur et de se faire passer à ses yeux pour le père de Marguerite.
— Ma fille et moi nous sommes réduits à la plus profonde misère, dit-il en baissant la tête.
— Je l'avais déjà deviné, reprit Barbare. J'assistais à la séance du conseil et j'ai tout compris : votre détresse et votre admirable dévouement... Allez embrasser et rassurer votre fille. Dans quelques jours je vous porterai l'argent dont vous avez besoin.
— Est-ce que vraiment vous pourriez nous prêter ?...
— Que la foudre me frappe ! interrompit Barbare, si, dans quatre jours, je ne vous apporte pas cinq cents livres.