Rien de remarquable dans l’architecture des quelques églises, temples, synagogues et édifices publics que l’on rencontre. En dehors des casernes, le palais du gouverneur est le seul bâti dans d’assez vastes proportions.
Gravissons au delà des maisons, dont les dernières n’atteignent pas à la moitié de la hauteur du rocher. On remarque d’abord les ruines assez imposantes d’un vieux château maure ; puis, dominant également la ville, une douzaine d’obélisques ou de colonnes commémoratives, parmi lesquelles celle surmontée du buste de sir Elliott, l’énergique défenseur du siège de 1782.
On explore ensuite de vastes cavernes. La principale, dite de Saint-Michel, a son entrée à mille pieds au-dessus de la mer ; à l’intérieur, on descend toujours, en traversant une succession de salles immenses d’où pendent de larges stalactites, puis on arrive à des passages resserrés, bas, infranchissables, situés à environ cinq cents pieds au-dessous de l’ouverture de la caverne. L’air vicié, nous a-t-on dit, empêche des investigations plus profondes. Chose curieuse : en cet endroit, on entend distinctement le bruissement des flots, ce qui tendrait à faire croire à une communication de ces grottes avec la mer.
Le rocher, d’ailleurs, est complètement dépourvu de sources ; aussi est-on obligé de se contenter de l’eau du ciel, soigneusement recueillie dans des réservoirs, alimentés à l’aide d’un système de drainage pratiqué sur les flancs des roches et jusque sur le toit des maisons.
La population de Gibraltar est d’environ 20,000 habitants, Espagnols pour la plupart. La garnison est en ce moment puissamment renforcée par les détachements que la politique « d’expansion » (nos voisins pourraient traduire : expensive politic) tient prêts à diriger sur Chypre, sur la côte d’Afrique ou vers le cap de Bonne-Espérance ; elle ne compte pas moins de 6,700 hommes, y compris artillerie, génie et transports. Le gouverneur, actuellement en congé, est le général lord Napier de Magdala ; il est remplacé en ce moment par le major général Somerset.
Du haut de Gibraltar, quel que soit l’endroit où l’on se place, on jouit d’un des plus beaux panoramas qu’il soit donné de contempler. Du côté sud, on a devant soi le large détroit, l’infini des deux mers dont les lignes extrêmes se fondent dans l’azur, l’immense développement de la côte africaine ; sur la côte d’Europe, Gibraltar, Algésiras, Tarifa, et en arrière le soleil, à son coucher, embrasant de reflets d’un rose ardent les gorges abruptes des sierras de Grenade et de l’Andalousie…
Mais l’homme n’a guère contribué à cette magnificence ; le seul collaborateur de la nature en ce lieu fut le légendaire Hercule, qui sépara de ses puissantes mains le mont Calpé d’avec le mont Abyla ; et pour résumer mon impression sur des temps moins fabuleux, je n’ai trouvé dans cette « guérite » inutile qu’une chose intéressante, c’est un dessin de Henri Regnault fait à grands coups de charbon sur le mur intérieur de l’une des casernes.
LES ILES MADÈRE
Passage du détroit. — La vie à bord. — La baie de Funchal. — Une fête villageoise. — Politique et philanthropie mêlées. — Voyage à Porto-Santo. — Politesses et congratulations. — Excursion au Grand Corral. — Trop de vin de Madère.
10 août.