Du service que vous m’avez rendu en me conduisant à Porto-Santo, et des offres généreuses que vous m’avez faites de transporter des vivres ou de les fournir vous-même des provisions de la Junon aux habitants de cette île, je m’empresserai de rendre compte à mon gouvernement par le premier bateau, et je suis bien sûr qu’il vous remerciera de toutes ces marques d’attention et de bienveillance envers son délégué dans ce département, et envers les malheureux habitants de Porto-Santo.

En vous priant de présenter à vos compagnons de l’expédition l’expression de ma gratitude, veuillez agréer, monsieur le commandant, avec mes vœux pour votre bon voyage, les assurances de la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être

Votre dévoué serviteur,

Le gouverneur civil,
Alfonso de Castro.

La presse locale, écho un peu emphatique de la politesse officielle, joignait ses remerciements à ceux du gouverneur et insérait en première colonne, dans le Jornal do Commercio, un article d’une extrême amabilité.

La lettre et l’article étaient rédigés en français.

Il n’était pas possible d’être plus gracieux, et vous voyez que les Madériens, en somme, sont loin d’être des sauvages.

Je vous ai dit que nous avions organisé une excursion pour aller en bande au Grand Corral. Corral, vous le savez, signifie col, défilé, et le Grand Corral est le plus imposant, le plus pittoresque des passages qui, tournant le pic Ruivo, ancien cratère de 1,800 mètres de hauteur, permettent de se rendre sur le versant nord de l’île. C’est la promenade obligée des nouveaux arrivants.

De telles excursions, faites en groupe, gaiement, par un jour clair et un temps sûr, avec quelque bonne cantine, pourvue des éléments d’un pique-nique sagement ordonné, sont charmantes, mais indescriptibles. On admire, on s’exclame à chaque tournant de route, à chaque point de vue nouveau ; on plaisante les cavaliers novices ; dans les haltes, chacun suit son penchant ou sa fantaisie ; les chasseurs s’enfoncent dans les fourrés, les botanistes butinent çà et là ; l’un prend un croquis ; l’autre, armé du petit marteau, se charge d’échantillons géologiques. Si on se fatigue, on ne s’en aperçoit qu’après, et d’ailleurs un bon souvenir ne passe pas si vite qu’une courbature.

A la tombée de la nuit, quelques-uns d’entre nous sont allés rendre visite à l’hospitalier compatriote qui nous avait, l’avant-veille, transmis une si aimable invitation. Ils furent, bon gré mal gré, retenus à dîner et, après quelques heures de cordiale causerie, s’en revinrent à bord. Nous partions le soir même à dix heures, malgré tous les efforts du gouverneur pour nous garder un jour ou deux de plus.