Je n'avais pas prononcé une parole. J'étais comme anéanti. Tout équilibre était rompu en moi. Mais elle, elle en avait de reste, de l'équilibre! Il lui en fallait pour naviguer aussi tranquillement dans une histoire pareille.
Deux heures du matin.—Effroyable!... Cette comédie ne pouvait décemment durer. Je viens d'assister au plus rapide et au plus sombre des drames. Il était un peu plus de minuit; j'étais là-haut, souffrant tous les supplices, tandis qu'une lumière, au dernier étage du pavillon, témoignait que Christine ne reposait pas encore, et tout à coup, en bas, dans la clarté lunaire qui inondait le jardin, j'ai vu paraître le vieux Norbert qui se mit à escalader l'escalier comme un chat, et puis d'un coup d'épaule, défonça la porte et il y eut la clameur de Christine: «Papa!»
Mais Norbert dressait déjà au-dessus de sa tête une arme formidable, quelque chose comme un chenet de bronze qui s'abattit, tandis que Christine suppliait: «Ne le tue pas! Ne le tue pas!» Il y eut une forme bondissante—l'homme—qui vint crouler jusque sur le balcon en étendant les bras, tandis que l'arme terrible continuait à le fracasser.
Et il ne bougea plus! Christine, délirante, s'était jetée sur sa poitrine.
Et puis, il y eut un silence extraordinaire.
Le vieux, qui avait croisé les bras, montrait une figure de fou.
À ce moment, Jacques sortit à son tour de son appartement et vint se mêler à la scène. Alors, Christine se releva et dit: «Papa l'a tué!»
Le vieux prononça distinctement: «Il ne m'obéissait plus! et c'était de ta faute! j'aurais dû m'en douter!»
Quant au fiancé, il ne dit mot, il ramassa le cadavre, le poussa dans l'atelier où ils s'enfermèrent tous et où ils sont encore au moment où j'écris ces lignes.