Au contraire, elle se condamnait. Tout avait été de sa faute. Pourquoi s'était-elle montrée si tendre avec Bénédict, ce soir fatal?...
Certes, elle n'avait aucune coquetterie à se reprocher. Elle s'était laissée aller très naturellement à des confidences qu'elle n'eût point faites à un autre, parce qu'elle éprouvait pour celui-ci, pour son caractère si particulièrement sauvage, pour son talent si ardent, qu'elle n'hésitait point à le qualifier de génie, pour tout son individu moral, une sympathie, une attirance presque irrésistible...
Seulement, voilà! elle n'avait pas pu surmonter un mouvement de dégoût à son approche physique!
Ce baiser de l'homme laid, elle n'avait pas été assez forte pour le subir!
Eh bien, elle aurait dû prévoir cela et ne pas mettre, par son attitude imprudente, Bénédict Masson en droit de le lui demander!...
La scène de rage, d'imprécations qui s'en était suivie, elle voulait l'oublier... Elle avait été insultée—même frappée—enfin rejetée loin de lui comme un objet de haine qu'il eût voulu réduire en miettes!... et il était venu s'enfouir ici!
Où? Dans quel coin?
Qui la conduirait chez lui?
La nuit venait. Ce soir-là, elle ne se sentait pas très brave.
Vraiment, ce pays l'impressionnait, lui mettait déjà sur les épaules comme un suaire humide et glacé.