Il fut quasi assommé. Ce n'est que lorsqu'il ne remua plus que les gars de Corbillères cessèrent de frapper de leurs bâtons et de leurs fourches, et encore le bourrelier, le père du petit Philippe, proposa-t-il d'en faire des morceaux, comme Bénédict Masson avait fait de la petite Anie, et de les jeter dans la «cuisinière».

Sans l'arrivée des gendarmes, c'est peut-être bien ce qui serait survenu, tant la fureur des campagnards était extrême et, tout bien considéré, fort excusable.

—Ne le sauvez pas de la guillotine! Qu'il respire au moins jusque-là! prononça le brigadier.

Alors ils laissèrent Bénédict pour s'occuper de Christine qui n'ouvrait toujours pas les yeux.

—Encore une qui l'a échappé belle! fit entendre le tambour de ville.

Et chacun fut de cet avis.

Ce n'est que dehors, sous le coup du grand air et de l'humidité, que Christine donna quelque signe de vie. On était allé chercher une charrette et tous deux y furent hissés. À Corbillères, Christine fut mise dans une chambre de l'auberge. Elle avait une forte fièvre et elle délirait.

Quant à Bénédict, que l'on avait jeté sur une botte de paille dans l'écurie et que les gendarmes veillaient moins dans la crainte qu'il ne s'échappât que pour qu'on ne l'achevât point, il poussa un profond soupir vers les deux heures du matin, se dressa sur son séant, se passa la main sur son front moulu par les coups, sembla, à la lueur de la lanterne accrochée à la muraille, chercher quelqu'un qu'il n'aperçut point, découvrit enfin sur le seuil, assis sur des sacs, les deux gendarmes qui le regardaient et dit fort distinctement et sans émotion apparente:

—Je suis innocent!

Les représentants de la maréchaussée ne le contredirent point. Alors, il demanda de l'eau.