Avec ses cheveux de crin, sa peau d'ivoire, ses membres trapus, ses épaules courbées par l'incessant labeur, il eût pu passer pour une brute s'il n'y avait eu les yeux qui étaient bleu de Marie et brillants de la plus tendre candeur. À quarante ans, il avait conservé le regard d'un enfant de chœur qui débute dans le saint parvis.

Cependant, il n'était ni timide ni gauche. Il leur avança deux chaises et leur demanda tout de suite s'ils avaient vu Sangor et si celui-ci avait fait la commission de M. le marquis.

—Nous l'avons aperçu, dit Christine, mais nous ne l'avons pas encore rencontré. De quelle commission s'agit-il donc?

—M. le marquis est parti bien précipitamment! répliqua Drouine en hochant la tête, et il n'a pas eu le temps de vous dire que vous pouviez rester au château tant qu'il vous plairait, y coucher et vous y faire servir comme s'il était là. Sangor et moi, nous sommes à votre disposition.

—Notre intention était de repartir aujourd'hui même! interrompit Jacques.

—Mais nous profiterons de la bonne grâce du marquis, acheva Christine.

—Si tu veux absolument rester quelques jours à Coulteray, reprit le prosecteur, descendons à l'auberge, ce sera plus gai que de nous installer dans ce château désert!

—Je ne suis pas venue ici pour être gaie! fit la jeune fille avec tristesse et en prenant la main de Jacques comme pour se faire pardonner sa réplique un peu vive... je suis venue pour y pleurer une amie.

—Mme la marquise vous aimait bien! soupira Drouine.

—Parlez-nous d'elle, demanda Christine à voix basse... il faut tout nous dire: nous sommes préparés à tout entendre... Elle me parlait de vous dans toutes ses lettres... Elle avait la plus grande confiance en vous... Cette affaire est si extraordinaire que nous avons eu tort de ne pas y croire... ce misérable a trompé tout le monde!...