Je ne lui répondis pas, qu'eus-je pu lui dire? Qu'il n'y avait de vie pour moi que près d'elle?... Mon cœur tumultueux m'étouffait.
Vit-elle mon trouble?... Oui, sans doute... Elle n'en fit rien paraître en tout cas...
Elle défit son chapeau d'un geste adorable, de ce geste qui lui était particulier et qui mettait autour de sa tête la couronne lumineuse de son bras rose...
—Allons travailler! me dit-elle... En bien, vous avez vu la marquise?
—Oui! Et le marquis aussi... le marquis ne m'a pas l'air bien compliqué... mais la marquise!...
—Ah! oh! cela a déjà commencé?... Racontez-moi ce qu'elle vous a dit...
Je lui fis une narration complète de l'entrevue...
—Pauvre femme!... soupira-t-elle, elle me vous a pas paru... un peu... un peu folle?...
—En tout cas, elle est bizarre... Comment se fait il qu'elle ait toujours froid?...
—Je vous dis que c'est une femme pleine d'imagination... elle s'imagine qu'elle a froid... et elle a froid!... Savez-vous son idée?... l'idée qui la transit?... l'idée qui la fait se promener comme une ombre dans cet hôtel de la Belle au Bois dormant... C'est à ne pas croire... et je ne l'aurais pas cru si le marquis lui-même ne m'avait ouvert les yeux sur l'étrange monomanie de sa femme... dont il a été le premier à souffrir, car il a beaucoup aimé sa femme... Eh bien! mon cher monsieur Masson, la marquise s'imagine que tous les marquis que vous voyez sur la muraille et celui d'aujourd'hui Georges-Marie-Vincent... c'est le même!...