Je la fixai d'un œil hagard.
Étant tout à fait dans l'impossibilité de cacher mon émotion, la mère Langlois jouissait amplement de l'effet qu'elle produisait.
—Ah! ah! vous ne me chassez pas, maintenant!... Ah! c'est qu'il lui en faut à la petite, vous savez!... Avec ses grands airs... avec ses grands airs!
J'avais envie d'étrangler cette horrible femme. Je me retenais pour ne point lui sauter à la gorge...
Par un prodigieux effort sur moi-même, j'arrivai à prononcer d'une voix à peu près normale, cependant que j'essuyais la sueur qui me coulait des tempes:
—Vous m'étonnez, madame Langlois... Je savais que ce jeune homme était très malade...
—Oh! il a l'air bien démoli... ça, c'est vrai... mais voilà la bonne saison... avec les soins de la jeune personne, il sera vite rétabli!...
—Vous l'avez vu rentrer chez les Norbert?
—Rentrer?... Non, je ne l'ai point vu rentrer... ce particulier-là, je vous ai déjà dit que personne ne l'a jamais vu entrer ni ressortir... On ne sait pas par où il passe, bien sûr?... On dirait qu'ils le cachent chez eux!... Il est peut-être poursuivi par la police!... Je l'ai toujours dit: c'est sûrement un étranger pour être habillé comme ça!... Si vous trouvez que tout ça est naturel... Enfin, je vais vous dire une chose... Voilà trois jours qu'ils m'ont remerciée...
—Ah! oui, madame Langlois, ils vous ont remerciée? Mais alors comment savez-vous?...