—Madame! madame! comment pouvez-vous! comment une femme comme vous, de votre intelligence!... Madame, prenez garde! Il n'y a rien de plus redoutable au monde que le merveilleux. C'est un domaine où se sont perdus les esprits les plus solides. Il y a des idées, madame, avec lesquelles il ne faut pas jouer!

—Jésus-Marie! s'écria-t-elle, ai-je l'air de jouer? Je parle sérieusement. Ceci est un fait. Georges-Marie-Vincent n'a reçu aucune instruction. Seul, le premier des quatre, disons des cinq, avec celui d'aujourd'hui... Seul Louis-Jean-Marie-Chrysostome, qui était l'un des plus débauchés seigneurs de la cour de Louis XV, fut aussi une sorte de savant.

—Je sais, fis-je, avec cela beau parleur. Il tenait tête à Duclos. Il brillait chez d'Holbach. Il a écrit des articles pour la Grande Encyclopédie.

—Je ne vous apprends donc rien de nouveau, acquiesça-t-elle. Il avait été élevé par les soins de son oncle, l'évêque de Fréjus. Eh bien! monsieur Masson, je vous affirme que la conversation que vous avez eue tout à l'heure avec Georges-Marie-Vincent n'aurait pas été possible si Louis-Jean-Marie-Chrysostome n'avait pas reçu cette éducation-là!

Je sursautai.

—Tout de même, madame, permettez-moi de vous dire que Paul-Louis Courier n'avait pas encore taché d'encre le manuscrit de Longus au temps de Louis XV!

Elle pinça les lèvres.

—Il ne me manquait plus que vous me prissiez pour une sotte! laissa-t-elle tomber. J'ai voulu dire que, sans cette éducation-là, sans les souvenirs classiques qu'elle comporte, Georges-Marie-Vincent ne s'intéresserait guère aux trésors de la bibliothèque de Florence.

—Excusez-moi, madame!... Il y a une chose en tout cas que je puis vous dire et qui m'a, en effet, toujours étonné... c'est la solidité de cette instruction classique chez le marquis.

—N'est-ce pas?...