Cette dernière phrase insipide me soulève le cœur... Illusion? fol amour? Est-ce avec cette eau de rose que je vais pouvoir écrire ce qui est arrivé?... J'étais devenu comme une bête ensorcelée autour de Christine.
Il faut vous dire que, depuis huit jours, nous étions seuls dans l'hôtel.
Le marquis avait emporté la marquise expirante à son vieux château de Coulteray, sans doute pour qu'elle fût plus près de son tombeau qui l'y attendait.
Toute la domesticité avait suivi.
Seul, avec Christine!...
Et voici ce qui est arrivé.
C'était un soir... après dîner... dans le jardin où nous revenions quelquefois, Christine et moi, sans nous être donné rendez-vous...
Depuis les dernières scènes auxquelles nous avions assisté, quelque chose d'assez mystérieux semblait nous avoir rapprochés davantage, du moins je me l'imaginais, car jamais encore je n'avais vu Christine aussi confiante, ni aussi simple avec moi, ni aussi près de moi...
C'était un soir d'une douceur ineffable après la grosse chaleur du jour... je n'avais jamais été aussi heureux; nous étions assis l'un près de l'autre; un même attendrissement—qui n'était peut-être, hélas! que de l'apaisement chez Christine—nous tenait silencieux... Mes pensées tournaient à la romance... autour de nous les murailles grises se fondaient dans le repos; un chêne solitaire vacillait d'ivresse en se penchant au-dessus de l'abîme obscur de nos cœurs... Ma main se posa sur sa main—geste inconscient s'il en fut jamais—et sa main tiède resta dans la mienne.
Évidemment, évidemment, quand je pense encore à cette minute précieuse, c'est vers toi que je me retourne, nuit, ténèbre propice, voile sacré derrière lequel s'oublia ma laideur!