Eh bien! moi aussi, j'ai été piquée!...

—Seigneur Dieu!... Expliquez-vous, Christine, expliquez-vous!

Oui, j'ai été piquée par le rosier... Oh! il y a quelque temps de cela!... Et au bras, comme elle, et au même endroit qu'elle!... Et avant elle!...

J'essayais de voir son visage, mais elle le tenait penché et détourné de moi...

—En vérité! en vérité!... voilà une bien grande aventure! déclarai-je assez froidement... Vous vous êtes penchée à la même fenêtre, comme elle s'y est penchée elle-même et vous avez été piquée par le même rosier!... C'est là quelque chose de tout à fait extraordinaire!...

—Non! releva-t-elle doucement, toujours de sa lointaine voix, non... ce n'est pas tout à fait extraordinaire... mais figurez-vous qu'à la suite de cette piqûre, je me suis sentie comme engourdie, sinon empoisonnée, enfin dans un état de faiblesse cérébrale telle que, rentrée dans la bibliothèque, je me suis étendue sur le divan tout juste pour fermer les paupières et pour avoir le plus douloureux des rêves...

—Quel rêve?

—J'ai vu le marquis, avec cette figure atroce que vous lui avez découverte l'autre soir quand vous avez pénétré chez la marquise après l'accident... Il s'est approché de moi... et malgré tous mes efforts pour l'éloigner, il s'est emparé de mon bras et, collant ses lèvres à ma blessure, il aspirait tout mon sang... toute ma vie!...

—Vous avez eu vraiment ce rêve-là?...

—Vraiment!...