—Je ne ris pas, proteste Gabriel, qui se manifeste sérieux «comme un pape».

—Pourriez-vous m'expliquer, je vous prie, Gabriel, vous qui êtes l'ami intime de la direction, pourquoi à l'entr'acte du «jardin», devant le foyer, alors que je m'avançais la main tendue vers M. Richard, j'ai entendu M. Moncharmin me dire précipitamment à voix basse: «Éloignez-vous! Éloignez-vous! Surtout ne touchez pas à M. le directeur?...» Suis-je un pestiféré?

—Incroyable!

—Et quelques instants plus tard, quand M. l'ambassadeur de La Borderie s'est dirigé à son tour vers M. Richard, n'avez-vous pas vu M. Moncharmin se jeter entre eux et ne l'avez-vous pas entendu s'écrier: «Monsieur l'ambassadeur, je vous en conjure, ne touchez pas à M. le directeur!»

—Effarant!... Et qu'est-ce que faisait Richard pendant ce temps-là?

—Ce qu'il faisait? Vous l'avez bien vu! Il faisait demi-tour, saluait devant lui, alors qu'il n'y avait personne devant lui! et se retirait «à reculons».

—À reculons?

—Et Moncharmin, derrière Richard, avait fait, lui aussi, demi-tour, c'est-à-dire qu'il avait accompli derrière Richard un rapide demi-cercle, et lui aussi se retirait «à reculons»!... Et ils s'en sont allés comme ça jusqu'à l'escalier de l'administration, à reculons!... à reculons!... Enfin! s'ils ne sont pas fous, m'expliquerez-vous ce que ça veut dire?

—Ils répétaient peut-être, indique Gabriel, sans conviction, une figure de ballet!

M. le secrétaire Rémy se sent outragé par une aussi vulgaire plaisanterie dans un moment aussi dramatique Ses yeux se froncent, ses lèvres se pincent. Il se penche à l'oreille de Gabriel.