—Les vrais? demanda Moncharmin, qui était bien décidé cette fois à ne pas se laisser «rouler».

—Regarde! Moi je ne veux pas les toucher, déclara Richard.

Moncharmin retira l'enveloppe de la poche de Richard et en tira les billets en tremblant car, cette fois, pour pouvoir constater fréquemment la présence des billets, ils n'avaient ni cacheté l'enveloppe ni même collé celle-ci. Il se rassura en constatant qu'ils étaient tous là, fort authentiques. Il les réunit dans la poche de la basque et les épingla avec grand soin.

Après quoi il s'assit derrière la basque qu'il ne quitta plus du regard, pendant que Richard, assis à son bureau, ne faisait pas un mouvement.

—Un peu de patience, Richard, commanda Moncharmin, nous n'en avons plus que pour quelques minutes... La pendule va bientôt sonner les douze coups de minuit. C'est aux douze coups de minuit que la dernière fois nous sommes partis.

—Oh! j'aurai toute la patience qu'il faudra!

L'heure passait, lente, lourde, mystérieuse, étouffante. Richard essaya de rire.

—Je finirai par croire, fit-il, à la toute-puissance du fantôme. Et en ce moment, particulièrement, ne trouves-tu pas qu'il y a dans l'atmosphère de cette pièce un je ne sais quoi qui inquiète, qui indispose, qui effraie?

—C'est vrai, avoua Moncharmin, qui était réellement impressionné.

—Le fantôme! reprit Richard à voix basse et comme s'il craignait d'être entendu par d'invisibles oreilles... le fantôme! Si tout de même c'était un fantôme qui frappait naguère sur cette table les trois coups secs que nous avons fort bien entendus... qui y dépose les enveloppes magiques... qui parle dans la loge n° 5... qui tue Joseph Buquet... qui décroche le lustre... et qui nous vole! car enfin! car enfin! car enfin! Il n'y a que toi ici et moi!... et si les billets disparaissent sans que nous y soyons pour rien, ni toi, ni moi... il va bien falloir croire au fantôme... au fantôme...