Ainsi, le médecin et l'amoureux se trouvèrent dans le même moment aux côtés de Christine, qui reçut les premiers soins de l'un et ouvrit les yeux dans les bras de l'autre. Le comte était resté, avec beaucoup d'autres, sur le seuil de la porte devant laquelle on s'étouffait.
—Ne trouvez-vous point, docteur, que ces messieurs devraient «dégager» un peu la loge? demanda Raoul avec une incroyable audace. On ne peut plus respirer ici.
—Mais vous avez parfaitement raison, acquiesça le docteur, et il mit tout le monde à la porte, à l'exception de Raoul et de la femme de chambre.
Celle-ci regardait Raoul avec des yeux agrandis par le plus sincère ahurissement. Elle ne l'avait jamais vu.
Elle n'osa pas toutefois le questionner.
Et le docteur s'imagina que si le jeune homme agissait ainsi, c'était évidemment parce qu'il en avait le droit. Si bien que le vicomte resta dans cette loge à contempler la Daaé renaissant à la vie, pendant que les deux directeurs, MM. Debienne et Poligny eux-mêmes, qui étaient venus pouf exprimer leur admiration à leur pensionnaire, étaient refoulés dans le couloir, avec des habits noirs. Le comte de Chagny, rejeté comme les autres dans le corridor, riait aux éclats.
—Ah! le coquin! Ah! le coquin!
Et il ajoutait, in petto: Fiez-vous donc à ces jouvenceaux qui prennent des airs de petites filles!
Il était radieux. Il conclut: «C'est un Chagny!» et il se dirigea vers la loge de la Sorelli; mais celle-ci descendait au foyer avec son petit troupeau tremblant de peur, et le comte la rencontra en chemin, comme il a été dit.
Dans la loge, Christine Daaé avait poussé un profond soupir auquel avait répondu un gémissement. Elle tourna la tête et vit Raoul et tressaillit. Elle regarda le docteur auquel elle sourit, puis sa femme de chambre, puis encore Raoul.