—À quelque nouvelle fantaisie du fantôme, ricana le Persan... Ah! monsieur de Chagny, continua-t-il en tenant toujours sa main sur la glace... plût au ciel que nous eussions affaire à un fantôme! Nous pourrions laisser dans leur boîte notre paire de pistolets!... Déposez votre chapeau, je vous prie... là... et maintenant refermez votre habit le plus que vous pourrez sur votre plastron... comme moi... rabaissez les revers... relevez le col... nous devons nous faire aussi invisibles que possible...

Il ajouta encore, après un court silence, et en pesant sur la glace:

—Le déclenchement du contrepoids, quand on agit sur le ressort à l'intérieur de la loge est un peu lent à produire son effet. Il n'en est point de même quand on est derrière le mur et qu'on peut agir directement sur le contrepoids. Alors, la glace tourne, instantanément, et est emportée avec une rapidité folle...

—Quel contrepoids? demanda Raoul.

—Eh bien! mais, celui qui fait se soulever tout ce pan de mur sur son pivot! Vous pensez bien qu'il ne se déplace pas tout seul, par enchantement!

Et le Persan, attirant d'une main Raoul, tout contre lui, appuyait toujours de l'autre (de celle qui tenait le pistolet) contre la glace.

—Vous allez voir, tout à l'heure, si vous y faites bien attention, la glace se soulever de quelques millimètres et puis se déplacer de quelques autres millimètres de gauche à droite. Elle sera alors sur un pivot, et elle tournera. On ne saura jamais ce qu'on peut faire avec un contrepoids! Un enfant peut, de son petit doigt, faire tourner une maison... quand un pan de mur, si lourd soit-il, est amené par le contrepoids sur son pivot, bien en équilibre, il ne pèse pas plus qu'une toupie sur sa pointe.

—Ça ne tourne pas! fit Raoul, impatient.

—Eh! attendez donc! Vous avez le temps de vous impatienter, monsieur! La mécanique, évidemment, est rouillée ou le ressort ne marche plus.

Le front du Persan devint soucieux.