... Ils descendaient... Ils descendaient encore...
Maintenant, ils étaient dans le troisième dessous.
Et leur marche était toujours éclairée par quelque lumignon lointain.
Plus l'on descendait et plus le Persan semblait prendre de précautions... Il ne cessait de se retourner vers Raoul et de lui recommander de se tenir comme il le fallait, en lui montrant la façon dont il tenait lui-même son poing, maintenant désarmé, mais toujours prêt à tirer comme s'il avait eu un pistolet.
Tout à coup une voix retentissante les cloua sur place. Quelqu'un, au-dessus d'eux, hurlait.
—Sur le plateau tous les «fermeurs de portes!» Le commissaire de police les demande?
... On entendit des pas, et des ombres glissèrent dans l'ombre. Le Persan avait attiré Raoul derrière un portant... Ils virent passer près d'eux, au-dessus d'eux, des vieillards courbés par les ans et le fardeau ancien des décors d'opéra. Certains pouvaient à peine se traîner...; d'autres, par habitude, l'échine basse et les mains en avant, cherchaient des portes à fermer.
Car c'était les fermeurs de portes... les anciens machinistes épuisés et dont une charitable direction avait eu pitié... Elle les avait faits fermeurs de portes dans les dessous, dans les dessus. Ils allaient et venaient sans cesse du haut en bas de la scène pour fermer les portes—et ils étaient aussi appelés en ce temps-là, car depuis, je crois bien qu'ils sont tous morts: «les chasseurs de courants d'air».
Les courants d'air, d'où qu'ils viennent, sont très mauvais pour la voix[3].
Le Persan et Raoul se félicitèrent en a parte de cet incident qui les débarrassait de témoins gênants, car quelques-uns des fermeurs de portes, n'ayant plus rien à faire et n'ayant guère de domicile, restaient par paresse ou par besoin, à l'Opéra, où ils passaient la nuit. On pouvait heurter à eux, les réveiller, s'attirer une demande d'explications. L'enquête de M. Mifroid gardait momentanément nos deux compagnons de ces mauvaises rencontres.