Car c'était lui, et au lieu de me noyer comme il en avait eu certainement l'intention, il nagea et me déposa doucement sur la rive.

—Vois comme tu es imprudent, me dit-il en se dressant devant moi tout ruisselant de cette eau d'enfer. Pourquoi tenter d'entrer dans ma demeure! Je ne t'ai pas invité. Je ne veux ni de toi, ni de personne au monde! Ne m'as-tu sauvé la vie que pour me la rendre insupportable? Si grand que soit le service rendu, Erik finira peut-être par l'oublier et tu sais que rien ne peut retenir Erik, pas même Erik lui-même.

Il parlait, mais maintenant je n'avais d'autre désir que de connaître ce que j'appelais déjà le truc de la sirène. Il voulut bien contenter ma curiosité, car Erik, qui est un vrai monstre—pour moi, c'est ainsi que je le juge, ayant eu, hélas! en Perse, l'occasion de le voir à l'œuvre—est encore par certains côtés un véritable enfant présomptueux et vaniteux, et il n'aime rien tant, après avoir étonné son monde, que de prouver toute l'ingéniosité vraiment miraculeuse de son esprit.

Il se mit à rire et me montra une longue tige de roseau.

—C'est bête comme chou! me dit-il, mais c'est bien commode pour respirer et pour chanter dans l'eau! C'est un truc que j'ai appris aux pirates du Tonkin, qui peuvent ainsi rester cachés des heures entières au fond des rivières[8].

Je lui parlai sévèrement.

—C'est un truc qui a failli me tuer! fis-je... et il a été peut-être fatal à d'autres!

Il ne me répondit pas, mais il se leva devant moi avec cet air de menace enfantine que je lui connais bien.

Je ne m'en «laissai pas imposer». Je lui dis très net:

—Tu sais ce que tu m'as promis, Erik! plus de crimes!