Un instant, Erik quitta la chambre et le Persan, se soulevant sur son coude, regarda autour de lui... Il aperçut, assise au coin de la cheminée, la silhouette blanche de Christine Daaé. Il lui adressa la parole... il l'appela... mais il était encore très faible et il retomba sur l'oreiller... Christine vint à lui, lui posa la main sur le front, puis s'éloigna... Et le Persan se rappela qu'alors, en s'en allant, elle n'eut pas un regard pour M. de Chagny qui, à côté, il est vrai, bien tranquillement dormait... et elle retourna s'asseoir dans son fauteuil, au coin de la cheminée, silencieuse comme une Sœur de charité qui a fait vœu de silence...
Erik revint avec de petits flacons qu'il déposa sur la cheminée. Et tout bas encore, pour ne pas éveiller M. de Chagny, il dit au Persan, après s'être assis à son chevet et lui avoir tâté le pouls:
—Maintenant, vous êtes sauvés tous les deux. Et je vais tantôt vous reconduire sur le dessus de la terre, pour faire plaisir à ma femme.
Sur quoi il se leva, sans autre explication, et disparut encore.
Le Persan regardait maintenant le profil tranquille de Christine Daaé sous la lampe. Elle lisait dans un tout petit livre à tranche dorée comme on en voit aux livres religieux. L'Imitation a de ces éditions-là. Et le Persan avait encore dans l'oreille le ton naturel avec lequel l'autre avait dit: «Pour faire plaisir à ma femme...»
Tout doucement, le daroga appela encore, mais Christine devait lire très loin, car elle n'entendit pas...
Erik revint... fit boire au daroga une potion, après lui avoir recommandé de ne plus adresser une parole à «sa femme» ni à personne, parce que cela pouvait être très dangereux pour la santé de tout le monde.
À partir de ce moment, le Persan se souvient encore de l'ombre noire d'Erik et de la silhouette blanche de Christine qui glissaient toujours en silence à travers la chambre, se penchaient au-dessus de lui et au-dessus de M. de Chagny. Le Persan était encore très faible et le moindre bruit, la porte de l'armoire à glace qui s'ouvrait en grinçant, par exemple, lui faisait mal à la tête... et puis il s'endormit comme M. de Chagny.
Cette fois, il ne devait plus se réveiller que chez lui, soigné par son fidèle Darius, qui lui apprit qu'on l'avait, la nuit précédente, trouvé contre la porte de son appartement, où il avait dû être transporté par un inconnu, lequel avait eu soin de sonner avant de s'éloigner.
Aussitôt que le daroga eut recouvré ses forces et sa responsabilité, il envoya demander des nouvelles du vicomte au domicile du comte Philippe.