À cette apostrophe formidable, Erik chancela et garda un instant le silence, puis, s'étant traîné jusqu'à un fauteuil, il s'y laissa tomber en poussant un profond soupir. Et là, il dit à petites phrases, à petits mots, à court souffle:

Daroga, ne me parle pas du comte Philippe... Il était mort... déjà... quand je suis sorti de ma maison... il était mort... déjà... quand... la sirène a chanté... c'est un accident... un triste... un... lamentablement triste... accident... Il était tombé bien maladroitement et simplement et naturellement dans le Lac!...

—Tu mens! s'écria le Persan.

Alors Erik courba la tête et dit:

—Je ne viens pas ici... pour te parler du comte Philippe... mais pour te dire que... je vais mourir...

—Où sont Raoul de Chagny et Christine Daaé?...

—Je vais mourir.

—Raoul de Chagny et Christine Daaé?

—... d'amour... daroga... je vais mourir d'amour... c'est comme cela... je l'aimais tant!... Et je l'aime encore, daroga, puisque j'en meurs, je te dis... Si tu savais comme elle était belle quand elle m'a permis de l'embrasser vivante, sur son salut éternel... C'était la première fois, daroga, la première fois, tu entends, que j'embrassais une femme... Oui, vivante, je l'ai embrassée vivante et elle était belle comme une morte?...

Le Persan s'était levé et il avait osé toucher Erik. Il lui secoua le bras.