—Est-ce que votre papa vous a dit que je vous aimais Christine, et que je ne puis vivre sans vous?

Christine rougit jusqu'aux cheveux et détourne la tête. Elle dit, la voix tremblante:

—Moi? Vous êtes fou, mon ami.

Et elle éclate de rire pour se donner, comme on dit, une contenance.

—Ne riez pas Christine, c'est très sérieux.

Et elle réplique, grave:

—Je ne vous ai point fait venir pour que vous me disiez des choses pareilles.

—Vous m'avez «fait venir» Christine; vous avez deviné que votre lettre ne me laisserait point indifférent et que j'accourrais à Perros. Comment avez-vous pu penser cela, si vous n'avez pas pensé que je vous aimais?

—J'ai pensé que vous vous souviendriez des jeux de notre enfance auxquels mon père se mêlait si souvent. Au fond, je ne sais pas bien ce que j'ai pensé... J'ai peut-être eu tort de vous écrire... Votre apparition si subite l'autre soir dans ma loge, m'avait reporté loin, bien loin dans le passé, et je vous ai écrit comme une petite fille que j'étais alors, qui serait heureuse de revoir, dans un moment de tristesse et de solitude, son petit camarade à côté d'elle...

Un instant, ils gardent le silence. Il y a dans l'attitude de Christine quelque chose que Raoul ne trouve point naturel sans qu'il lui soit possible de préciser sa pensée. Cependant, il ne la sent pas hostile; loin de là... la tendresse désolée de ses yeux le renseigne suffisamment. Mais pourquoi cette tendresse est-elle désolée?... Voilà peut-être ce qu'il faut savoir et ce qui irrite déjà le jeune homme...