Christine a saisi le bras de Raoul: elle le lui étreint avec une force que l'on ne soupçonnerait point chez cet être fragile.

—Vous écoutiez donc derrière la porte?

—Oui! parce que je vous aime... Et j'ai tout entendu...

—Vous avez entendu quoi? Et la jeune fille, redevenue étrangement calme, laisse le bras de Raoul.

—Il vous a dit: Il faut m'aimer!

À ces mots, une pâleur cadavérique se répand sur le visage de Christine, ses yeux se cernent... Elle chancelle, elle va tomber. Raoul se précipite, tend les bras, mais déjà Christine a surmonté cette défaillance passagère, et, d'une voix basse, presque expirante:

—Dites! dites encore! dites tout ce que vous avez entendu!

Raoul la regarde, hésite, ne comprend rien à ce qui se passe.

—Mais, dites donc! Vous voyez bien que vous me faites mourir!...

—J'ai entendu encore qu'il vous a répondu, quand vous lui eûtes dit que vous lui aviez donné votre âme: Ton âme est bien belle, mon enfant, et je te remercie. Il n'y a point d'empereur qui ait reçu un pareil cadeau! Les anges ont pleuré ce soir!