J'écoute!...

—La salle aussi écoute—

... Et je comprends cette voix solitaire (couac!) Couac!... qui chante dans mon... couac!

Le crapaud lui aussi a recommencé.

La salle éclate en un prodigieux tumulte. Retombés sur leurs sièges, les deux directeurs n'osent même pas se retourner; ils n'en ont pas la force. Le fantôme leur rit dans le cou! Et enfin ils entendent distinctement dans l'oreille droite sa voix, l'impossible voix, la voix sans bouche, la voix qui dit:

Elle chante ce soir à décrocher le lustre!

D'un commun mouvement, ils levèrent la tête au plafond et poussèrent un cri terrible. Le lustre, l'immense masse du lustre glissait, venait à eux, à l'appel de cette voix satanique. Décroché, le lustre plongeait des hauteurs de la salle et s'abîmait au milieu de l'orchestre, parmi mille clameurs. Ce fut une épouvante, un sauve-qui-peut général. Mon dessein n'est point de faire revivre ici une heure historique. Les curieux n'ont qu'à ouvrir les journaux de l'époque. Il y eut de nombreux blessés et une morte.

Le lustre s'était écrasé sur la tête de la malheureuse qui était venue ce soir-là, à l'Opéra, pour la première fois de sa vie, sur celle que M. Richard avait désignée comme devant remplacer dans ses fonctions d'ouvreuse Mame Giry, l'ouvreuse du fantôme! Elle était morte sur le coup et le lendemain, un journal paraissait avec cette manchette: Deux cent mille kilos sur la tête d'une concierge! Ce fut toute son oraison funèbre.

[IX]

[LE MYSTÉRIEUX COUPÉ]