—Maman, tout ceci ne saurait intéresser M. de Chagny...

—C'est ce qui vous trompe, mademoiselle, interrompit le jeune homme d'une voix qu'il voulait rendre ferme et brave et qui n'était encore que tremblante; tout ce qui vous touche m'intéresse à un point que vous finirez peut-être par comprendre. Je ne vous cacherai pas que mon étonnement égale ma joie en vous retrouvant aux côtés de votre tolère adoptive et que ce qui s'est passé hier entre nous, ce que vous avez pu me dire, ce que j'ai pu deviner, rien ne me faisait prévoir un aussi prompt retour. Je serais le premier à m'en réjouir si vous ne vous obstiniez point à conserver sur tout ceci un secret qui peut vous être fatal..., et je suis votre ami depuis trop longtemps pour ne point m'inquiéter, avec Mme Valérius, d'une funeste aventure qui restera dangereuse tant que nous n'en aurons point démêlé la trame et dont vous finirez bien par être victime, Christine.

À ces mots, la maman Valérius s'agita dans son lit.

—Qu'est-ce que cela veut dire? s'écria-t-elle... Christine est donc en danger?

—Oui, madame..., déclara courageusement Raoul, malgré les signes de Christine.

—Mon Dieu! s'exclama, haletante, la bonne et naïve vieille. Il faut tout me dire, Christine! Pourquoi me rassurais-tu? Et de quel danger s'agit-il, monsieur de Chagny?

—Un imposteur est en train d'abuser de sa bonne foi!

—L'ange de la musique est un imposteur?

—Elle vous a dit elle-même qu'il n'y a pas d'ange de la musique!

—Eh! qu'y a-t-il donc, au nom du Ciel? supplia l'impotente! Vous me ferez mourir!