M. Hippolyte Patard prit son courrier qui était assez volumineux, des mains du concierge, et se disposa à continuer son chemin, sans dire un mot au digne homme.

Celui-ci s'en étonna.

—Monsieur le secrétaire perpétuel a l'air bien préoccupé.

Du reste, tout le monde est bouleversé ici, après une pareille histoire!

Mais M. Hippolyte Patard ne se détourna même pas.

Le concierge eut le tort d'ajouter:

—Est-ce que monsieur le secrétaire perpétuel a lu ce matin l'article de L'Époque sur le Fauteuil hanté?

M. Hippolyte Patard avait cette particularité d'être tantôt un petit vieillard frais et rose, aimable et souriant, accueillant, bienveillant, charmant, que tout le monde à l'Académie appelait «mon bon ami» excepté les domestiques bien entendu, bien qu'il fût plein de prévenances pour eux, leur demandant alors des nouvelles de leur santé; et tantôt, M. Hippolyte Patard était un petit vieillard tout sec, jaune comme un citron, nerveux, fâcheux, bilieux. Ses meilleurs amis appelaient alors M. Hippolyte Patard: «Monsieur le secrétaire perpétuel», gros comme le bras, et les domestiques n'en menaient pas large. M. Hippolyte Patard aimait tant l'Académie qu'il s'était mis ainsi en deux pour la servir, l'aimer et la défendre. Les jours fastes, qui étaient ceux des grands triomphes académiques, des belles solennités, des prix de vertu, il les marquait du Patard rose, et les jours néfastes, qui étaient ceux où quelque affreux plumitif avait osé manquer de respect à la divine institution, il les marquait du Patard citron.

Le concierge, évidemment, n'avait pas remarqué, ce jour là, à quelle couleur de Patard il avait affaire, car il se fût évité la réplique cinglante de M. le secrétaire perpétuel. En entendant parler du Fauteuil hanté, M. Patard s'était retourné d'un bloc.

—Mêlez-vous de ce qui vous regarde, fit-il; je ne sais pas s'il y a un fauteuil hanté! Mais je sais qu'il y a une loge ici qui ne désemplit pas de journalistes! A bon entendeur salut!