Ils avaient bien pensé se rendre rue Laffitte à pied—cela leur aurait fait du bien de «prendre l'air», et depuis longtemps ils n'avaient point aussi légèrement respiré—, mais ils avaient craint qu'on ne reconnût sur les trottoirs M. le directeur M. le chancelier—qui n'étaient plus les mêmes que ceux que nous avons connus, car le bureau se renouvelle tous les trois mois—et M. le secrétaire perpétuel; et qu'on ne se livrât à quelque manifestation indécente dont aurait souffert la dignité académique.

Et puis, pour tout dire, ils étaient pressés de connaître leur nouveau collègue. Vous pensez bien que dans les deux voitures on ne s'entretenait que de lui. Dans la première on disait: «Qui est donc ce M. Lalouette, homme de lettres? Ce nom ne m'est pas inconnu. Il me semble qu'il a publié quelque chose dernièrement. Son nom était dans les journaux.» Dans la seconde on disait: «Avez-vous remarqué qu'il a fait suivre sa signature de cette formule curieuse: «Officier de l'Académie»? C'est un homme d'esprit qui a voulu nous faire entendre qu'il nous appartenait déjà.» Et ainsi chacun disait son mot, comme il arrive lorsque la vie est belle.

Seul M. Hippolyte Patard ne disait rien, car sa joie intime lui était trop précieuse pour qu'il la dispersât en vains bavardages.

Il ne se demandait point, lui: «Qu'est ce M. Lalouette? Qu'a-t-il publié?» Tout cela lui était indifférent. M. Lalouette était M. Lalouette, c'est-à-dire: le quarantième, et il lui accordait, sans discussion, du génie.

Ainsi on arriva rue Laffitte. Les voitures s'éloignèrent.

M. Hippolyte Patard constata que l'on se trouvait bien en face du 32 bis, et, suivi de ses collègues, il pénétra résolument sous la voûte.

Ils étaient dans une demeure de «belle apparence».

Sur la porte de sa loge la concierge demanda à ces messieurs où ils allaient.

M. le secrétaire perpétuel dit:

—M. Lalouette, s'il vous plaît?