LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE
(1907)
Table des matières
- [I]. Où l'on commence à ne pas comprendre.
- [II]. Où apparaît pour la première fois Joseph Rouletabille.
- [III]. «Un homme a passé comme une ombre à travers les volets».
- [IV]. «Au sein d'une nature sauvage».
- [V]. Où Joseph Rouletabille adresse à M. Robert Darzac une phrase qui produit son petit effet.
- [VI]. Au fond de la chênaie.
- [VII]. Où Rouletabille part en expédition sous le lit.
- [VIII]. Le juge d'instruction interroge Mlle Stangerson.
- [IX]. Reporter et policier.
- [X]. «Maintenant, il va falloir manger du saignant».
- [XI]. Où Frédéric Larsan explique comment l'assassin a pu sortir de la Chambre Jaune.
- [XII]. La canne de Frédéric Larsan.
- [XIII]. «Le presbytère n'a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat».
- [XIV]. «J'attends l'assassin, ce soir».
- [XV]. Traquenard.
- [XVI]. Étrange phénomène de dissociation de la matière.
- [XVII]. La galerie inexplicable.
- [XVIII]. Rouletabille a dessiné un cercle entre les deux bosses de son front.
- [XIX]. Rouletabille m'offre à déjeuner à l'auberge du «Donjon».
- [XX]. Un geste de Mlle Stangerson.
- [XXI]. À l'affût.
- [XXII]. Le cadavre incroyable.
- [XXIII]. La double piste.
- [XXIV]. Rouletabille connaît les deux moitiés de l'assassin.
- [XXV]. Rouletabille part en voyage.
- [XXVI]. Où Joseph Rouletabille est impatiemment attendu.
- [XXVII]. Où Joseph Rouletabille apparaît dans toute sa gloire.
- [XXVIII]. Où il est prouvé qu'on ne pense pas toujours à tout.
- [XXIX]. Le mystère de Mlle Stangerson.
I
Où l'on commence à ne pas comprendre
Ce n'est pas sans une certaine émotion que je commence à raconter ici les aventures extraordinaires de Joseph Rouletabille. Celui-ci, jusqu'à ce jour, s'y était si formellement opposé que j'avais fini par désespérer de ne publier jamais l'histoire policière la plus curieuse de ces quinze dernières années.
J'imagine même que le public n'aurait jamais connu toute la vérité sur la prodigieuse affaire dite de la «Chambre Jaune», génératrice de tant de mystérieux et cruels et sensationnels drames, et à laquelle mon ami fut si intimement mêlé, si, à propos de la nomination récente de l'illustre Stangerson au grade de grand-croix de la Légion d'honneur, un journal du soir, dans un article misérable d'ignorance ou d'audacieuse perfidie, n'avait ressuscité une terrible aventure que Joseph Rouletabille eût voulu savoir, me disait-il, oubliée pour toujours.
La «Chambre Jaune»! Qui donc se souvenait de cette affaire qui fit couler tant d'encre, il y a une quinzaine d'années? On oublie si vite à Paris.
N'a-t-on pas oublié le nom même du procès de Nayves et la tragique histoire de la mort du petit Menaldo? Et cependant l'attention publique était à cette époque si tendue vers les débats, qu'une crise ministérielle, qui éclata sur ces entrefaites, passa complètement inaperçue. Or, le procès de la «Chambre Jaune», qui précéda l'affaire de Nayves de quelques années, eut plus de retentissement encore. Le monde entier fut penché pendant des mois sur ce problème obscur,—le plus obscur à ma connaissance qui ait jamais été proposé à la perspicacité de notre police, qui ait jamais été posé à la conscience de nos juges. La solution de ce problème affolant, chacun la chercha. Ce fut comme un dramatique rébus sur lequel s'acharnèrent la vieille Europe et la jeune Amérique.
C'est qu'en vérité—il m'est permis de le dire «puisqu'il ne saurait y avoir en tout ceci aucun amour-propre d'auteur» et que je ne fais que transcrire des faits sur lesquels une documentation exceptionnelle me permet d'apporter une lumière nouvelle—c'est qu'en vérité, je ne sache pas que, dans le domaine de la réalité ou de l'imagination, même chez l'auteur du double assassinat, rue morgue, même dans les inventions des sous-Edgar Poe et des truculents Conan Doyle, on puisse retenir quelque chose de comparable, QUANT AU MYSTÈRE, «au naturel mystère de la Chambre Jaune».